La reine, elle, ne parle pas pour ne rien dire…

Boulevard Voltaire

La reine d’Angleterre s’est donc adressée aux Britanniques ainsi qu’aux nations du Commonwealth, ce dimanche soir, en ces temps terribles d’épidémie. Si on enlève ses vœux de Noël, c’est la quatrième fois qu’elle prend ainsi la parole depuis qu’elle est montée sur le trône : en 1991, lors de la première guerre du Golfe, en 1997, à la mort de Diana, et en 2002, à la mort de la reine mère.

D’abord, une remarque : l’ensemble des médias français, au cours de ce dimanche, ont relayé largement l’information. La reine va parler. Pourquoi la reine s’exprime-t-elle ? Que va dire la reine ? Pourquoi cette adresse de la reine est historique ? Allez, n’hésitons pas à le dire : on en a autant parlé, sinon plus, que lorsqu’on nous annonce une allocution du président de la République française. Nostalgie de la monarchie, a-t-on coutume d’entendre ici et là. Même Emmanuel Macron, durant sa campagne électorale, avait confié qu’il manquait un roi en France. À l’évidence, trois ans après, on en est au même point. Pour ne pas dire qu’on a régressé.

Nostalgie de la monarchie, disions-nous. Plus, peut-être, encore. Pour paraphraser Alphonse Allais, plus on ira, moins il y aura de gens qui auront connu Vincent Auriol. Vincent Auriol qui était président de la République française lorsque Élisabeth monta sur le trône en 1952 et qui, en 1948, avait remis le cordon de grand-croix de la Légion d’honneur à celle qui n’était encore que princesse héritière. Et après Auriol, nous avons eu René Coty, idole d’OSS 117, puis le général de Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron. Et Élisabeth II est toujours là. Fidèle au poste. Le monde va et vient. On a raccourci les jupes puis on les a rallongées, puis de nouveau raccourcies. Les hommes se sont laissé pousser les cheveux puis les ont raccourcis. Aujourd’hui, le problème est réglé : avec le stress, à trente ans, ils sont à moitié chauves. Voyez le prince William. Mais le portrait de la reine trône toujours dans le bureau de M. Comme Moneypenny, la reine a pris un très léger coup de vieux. Moins qu’Édouard Philippe, essoré après trois ans à Matignon. Et James Bond est toujours à son service (de la reine, pas de Philippe), impeccable dans son smoking.

C’est ça, en fait, le message de la reine. La reine nous dit que tout n’est pas que fluide, dans ce monde. Que la tradition, ce n’est pas seulement un truc pour faire plaisir aux touristes qui photographient la relève de la garde devant Buckingham. Que c’est quelque chose qui va chercher loin et profond dans le temps. Qu’il y a un fil conducteur entre Guillaume le Conquérant et cette reine : ininterrompu. Un peu tordu, ce fil, comme le vieil arbre généalogique avec ses nœuds : Normandie, Plantagenêt, Tudor, Stuart, Hanovre, Windsor and so on… Compliqué et tordu, tout ça. Mais l’arbre tient bon et le fil ne casse pas. Comme le peuple anglais, comme la nation britannique. C’est l’essentiel.

Avant même d’avoir ouvert la bouche, la reine rassure. Elle parle peu, rarement, pas longtemps. Elle. Elle ne risque donc pas de saouler son peuple. Elle ne s’écoute pas parler : elle n’a rien à prouver. Pas d’effets de manche, de voix ou de sac à main qu’elle a dû poser au pied de son fauteuil. La reine parle, elle ne fait pas le trottoir. Finalement, peu importe ce qu’elle dit. Rule Britannia!

Ah oui, j’allais oublier : God Save the Queen!

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