117 millions d’euros d’amende ! Bercy veut-il la peau de Leclerc ?

Publié le 13 août 2019 – par Jacques Chassaing

L’acharnement contre l’enseigne la plus recherchée pour son honnête rapport prix/qualité/produits locaux/services, est suspect. E.Leclerc (1) est dans le collimateur d’Agnès Pannier-Runacher.

La secrétaire d’État auprès du ministre de l’Économie et des finances, Bruno Le Maire, entend soutirer plus de 117 millions d’euros à Michel-Édouard Leclerc, président directeur général de l’enseigne éponyme, l’accusant de faire pression sur ses fournisseurs.

Le plantureux organigramme de Bercy est donc mobilisé, n’étant jamais en reste de ponctions fiscales, taxes et prélèvements, radars-tourelles divers et variés pour financer ses opulentes missions et gabegies d’État. Parmi ses nouvelles missions, ses actions labellisées en faveur de la diversité https://www.economie.gouv.fr/ministeres

Il semble surtout que la spécificité de la grande distribution E.Leclerc et ses circuits locaux de producteurs, ne colle pas avec les exigences du Ceta et le Mercosur plébiscités par le staff de Macron. Et comme, évidemment, Leclerc ne peut pas tout acheter à proximité, la meute ministérielle lui tombe sur le paletot par le biais des centrales d’achat. En arrière plan, les critiques très précises de Michel-Édouard Leclerc sur les inepties de la loi dite alimentation, ne sont pas du goût des politiciens de Macron qui l’ont votée.

Évidemment aussi, l’épicier de souche le plus célèbre de France et réel acteur économique de terrain, ne va pas s’en laisser conter, ni compter.

Bercy réclame 117 millions d’euros à E.Leclerc, une amende sans précédent

Pour comprendre les convictions de Michel-Édouard Leclerc 

Mi-juillet, sur les portes vitrées des hypermarchés, un discret message annonçait le décès d’Hélène Leclerc.

Sur son blog, Michel-Édouard Leclerc a retracé les début de l’aventure : « On peut être chef d’entreprise, débatteur public, et n’en être pas moins resté le fils d’une mère aimée. »

« J’aimerais qu’on n’oublie pas son rôle dans l’épopée E.Leclerc. Car si Édouard avait le génie du commerce, il n’aurait pas pu mener à bien ses projets sans les qualités professionnelles et personnelles de ma mère. Les voilà de nouveau réunis.

Les adhérents E. Leclerc, les plus anciens (mais une partie des plus jeunes aussi !) savent bien le rôle qu’elle a tenu pendant tant d’années. Elle fut un point de repère, un pilier de l’organisation.

Au tout début, elle s’occupait des clientes dans le magasin, tenait la comptabilité (qu’elle a apprise en cours du soir) et recrutait les premiers salariés, pendant qu’Édouard courait les routes à la recherche de produits et de fournisseurs.

Plus tard, quand le mouvement a grandi, elle s’est investie dans la structuration de l’offre commerciale non alimentaire, entraînant avec elle les femmes des adhérents. Robes, chandails, chemises, jupes, chaussons… elle incarna durant de nombreuses années le textile chez E.Leclerc, courant les boutiques du Sentier, bataillant avec les grands couturiers et les marques de renom qui refusaient de nous livrer.

Même après son départ en retraite, les adhérents ont continué nombreux à venir lui rendre visite chaque année, à Landerneau, lors des séminaires organisés dans notre belle Bretagne.

Elle se prêtait volontiers au jeu de la représentation, car elle en profitait pour passer ses messages sur la qualité des produits, l’offre non alimentaire et la place des femmes dans la distribution.

Pour ma part, je lui dois beaucoup, et notamment mon éveil à la culture, à la littérature, aux arts… Je suis heureux d’avoir pu bâtir avec elle, le Fonds Hélène et Édouard Leclerc pour la culture à Landerneau… Rien ne prédisposait cette sage fille de photographe à devenir chef d’entreprise, aux côtés d’un trublion comme Édouard. Mais ma mère ne fuyait aucun défi. » : https://www.michel-edouard-leclerc.com/categorie/category/societe/helene-leclerc-ma-mere

Les phrases de Michel-Édouard Leclerc qui déplaisent en haut-lieu et à ses concurrents

Tout d’abord, il faut rappeler que l’esprit de la famille Leclerc a toujours été de faire de petites marges en brassant beaucoup de produits et de volumes. Aujourd’hui, nombre de magasins, y compris hors secteur alimentaire, voudraient encore se gaver sur le principe inverse. D’où des contrariétés de concurrence.

« Je ne crois pas non plus qu’il y ait beaucoup d’agriculteurs qui sèment du Ricard » 

Florilège à retrouver au fil des vidéos infra :

« c’est au ministre qu’il a fallu une loichaque ministre veut sa loi, on recommence ? (alors que E. Leclerc donne depuis dix ans aux banques alimentaires ).

Ségolène Royal n’a plus voulu de sacs plastiques en caisse, ça faisait 20 ans que j’avais lancé ça en Bretagne… 

Pour la loi alimentation, beaucoup ne voulaient pas ; nous, on n’était même pas invités et puis un jour, comme ça, le ministre de l’Agriculture a dit « c’est quand même con de pas vous inviter ». Je suis venu à la version 27 et j’ai signé la version 28… nous, notre horizon n’est pas le salon de l’Agriculture à la fin du mois… 

On va lancer Leclerc bio et ceux qui vendaient ailleurs en étant trop bien dans leurs prix et leurs marges n’ont pas envie de voir du bio chez Leclerc…

Nous sommes partis en France pour financer la transition de la filière conventionnelle dans le bio… on a signé Faire France… 

Avec les Alliances locales, on a travaillé avec 12 000 producteurs, éleveurs, pour signer 7 000 partenariats : pour le consommateur c’est chez lui et il y a de la traçabilité et ça fonctionne bien… 

Avec la loi Alimentation, on va nous obliger à vendre 10 % plus cher… le président Macron à Rungis avait lié le fait à ce que les agriculteurs recevraient cet argent et patatras c’est pas du tout dans le projet gouvernemental !

On nous demande de relever les prix de tous les produits, alors que 70 % sont fabriqués par Nestlé, Unilever, Danone, Coca-cola, Pepsi… en quoi le fait d’augmenter le prix du Nutella, l’eau d’Évian, de Vittel, dont les multinationales sont en Suisse ou à Rotterdam, garantit pour les agriculteurs de recevoir le ruissellement de ces hausses de prix ? C’est de l’enfumage ! On est en train de faire croire aux consommateurs qu’ils aident l’agriculture, et en plus on ne produit pas de café ni de chocolat en France ! »

La loi alimentation est responsable de l’augmentation des prix, « on va obliger le politique à assumer son erreur ou son mensonge »

« Il y a eu un jour un accord entre certains industriels et certains distributeurs qui cherchaient à calmer la concurrence, ils appelaient ça la guerre des prix, et qui s’étaient mis d’accord pour faire pression auprès du politique afin de monter les prix, donc les actions des groupes cotés… le politique n’assumait pas cette hausse de prix et nous laissait se l’attribuer… Le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, dit qu’il ne savait pas les conséquence de la hausse des prix, naïveté ou incompétence ? Je ne crois pas non plus qu’il y ait beaucoup d’agriculteurs qui sèment du Ricard ; or le Ricard va  augmenter de un euro et demi dans les magasins les moins chers… je ne comprends pas pourquoi des députés ont voté cette loi… 

La lutte perpétuelle des Leclerc en faveur du pouvoir d’achat et contre les monopoles

Le CV flash de Michel-Édouard Leclerc, c’est 1975 : obtention d’un doctorat en sciences économiques. 1978, retour dans l’entreprise familiale comme conseiller technique.

« Chargé des questions de carburants, il fonde en 1979 la Siplec (la Société d’importation E.Leclerc). Imprégné des valeurs véhiculées par son père, il veut libéraliser le marché des carburants et s’oppose aux lobbies pétroliers qui empêchent la révision des prix à la baisse. »

« Ainsi, en 1981, il engage un bras de fer contre la loi Lang, qui fixe le prix unique du livre et interdit les remises de plus de 5 % sur le prix éditeur ; il n’obtiendra pas gain de cause sur le sujet, ce qui ne remet nullement en question sa combativité et ses convictions, au contraire. Cela lui permet de remporter de nombreuses victoires au fil du temps. Ainsi, la libération des prix du carburant, finalement acquise en 1985 après des centaines de procès, sera suivie par la vente de bijoux (création des Manèges à Bijoux) en 1986. En 1987, l’enseigne lance E.Leclerc Voyages ; ce magasin spécialisé rend désormais les voyages accessibles au plus grand nombre. Vient ensuite la vente des produits de parapharmacie en 1988. Puis c’est au tour de la culture : en 1994, les Espaces culturels E.Leclerc proposent un large choix de produits culturels au consommateur »: https://www.michel-edouard-leclerc.com/index.php/mes-univers/biographie

« Si un produit existe près de chez nous, n’allons pas le chercher ailleurs »

« David Thoral, propriétaire du centre E.Leclerc de Paray-Le-Monial (71) et Christophe Pegeon, éleveur de bovins, se sont associés en 2011 pour promouvoir une viande locale et labellisée. Aujourd’hui, cette alliance permet une traçabilité rigoureuse grâce à la sélection des meilleures vaches charolaises. M.Pegeon valorise ainsi la qualité de ses viandes qui sont proposées aux clients des centres E.Leclerc. Parce que nous gagnons tous à valoriser nos productions locales, E.Leclerc lance les « Alliances locales » pour fédérer et développer ces partenariats et dynamiser l’économie de nos régions. »

Diaporama tous producteurs Alliances locales 

« Circuit court, production locale… C’est une interpellation générale et ça tombe bien c’est dans notre ADN »: Michel-Édouard Leclerc

« On va réinvestir les circuits courts »

  1. Leclerc réalise une croissance historique

L’opération « carburants à prix coûtant » pendant les 10 week-ends de l’été n’est pas passée inaperçue. Michel-Édouard Leclerc avait en effet noté que 25 % du budget des vacanciers passait dans le carburant.

Dans la foulée, Le Figaro observait les performances historiques de l’enseigne : « ce alors que Carrefour, Auchan et Casino marquent le pas ! » : http://www.lefigaro.fr/societes/leclerc-accelere-grace-au-e-commerce-20190628

Notons l’euphémisme de la phrase : « Carrefour, Auchan et Casino (2) qui marquent le pas ». En réalité, ces trois enseignes n’ont cessé de se disperser dans de foireuses acquisitions et implantations en négligeant leur cœur de métier depuis ces trois dernières décennies. Des sites spécialisés comme LSA ou Zone Bourse ont rendu compte de ces activités hasardeuses qui conduisent aujourd’hui à la fermeture de magasins. Et aussi, à leur rachat, mais la place manquerait dans cet article.

  1. Leclerc réalise un chiffre d’affaires de 37,75 milliards d’euros en 2018.

« La progression de l’enseigne d’atteint 1,5 % au global, dont quasiment 60 % s’expliquent par la performance des drives. Sur le périmètre magasins uniquement, le chiffre d’affaires n’a gagné que 0,1 %. » : https://www.lsa-conso.fr/les-ventes-de-e-leclerc-ont-progresse-de-1-5-en-2018-tirees-par-le-drive,310611

Ce sont les enseignes les plus chères qui souffrent

« Comment ne pas voir que les enseignes les plus chères sont celles qui souffrent le plus ? Oui désolé, la politique de prix, plus qu’encore que les formats ou la proximité, reste un critère majeur de la performance commerciale. C’est incroyable qu’il faille le rappeler. » 

« Ce n’est pas parce qu’Auchan* Casino et Carrefour**sont en difficulté que toute la distribution française tousse et que ses formats majeurs sont en périls. Voilà en substance, ce qu’explique Michel-Edouard Leclerc, président des centres qui portent son nom dans un post publié sur son blog, ce vendredi 3 mai, titré « Auchan, Casino, Leclerc, faut-il généraliser ? ». Selon lui, la plupart des observateurs, la presse notamment (pas nous MEL !), voient dans les dernières annonces de fermetures (Auchan), de ventes de magasins ou de murs (Casino et Auchan) ou de plan de réduction des effectifs (Carrefour), les stigmates de « la fin d’un monde : celui des hypermarchés, et même de la grande distribution » :  https://www.lsa-conso.fr/michel-edouard-leclerc-reagit-aux-difficultes-d-auchan-casino-et-carrefour,318266 et https://www.lsa-conso.fr/les-chiffres-cles-des-6-hypermarches-geant-rachetes-par-leclerc,308801

Mais pour E. Leclerc, bien au-delà des prix bas : « c’est le modèle du groupement d’entreprise familiale qui retient l’attention d’Olivia Detroyat : des entrepreneurs indépendants qui ont réinvesti plus d’un milliard en trois ans pour rénover les hypers, diversifier l’offre, monter en gamme, en qualité et s’adapter au digital, notamment en multipliant les drives et la livraison « Leclerc chez moi ».

Je suis fier de nos équipes. Et les Français ne sont pas que des consommateurs : ils veulent aussi qu’on crée des emplois au pays (3 000 en 2018), qu’on achète français, local… et avec beaucoup de services », source :  https://www.michel-edouard-leclerc.com/categorie/economie/echos-de-la-distribution/pourquoi-e-leclerc-realise-une-croissance-historique

Michel-Édouard Leclerc : « Nous allons diminuer l’effet de la hausse des prix alimentaires »

Le président des centres E.Leclerc a promis au micro de Sonia Mabrouk que son enseigne compensera la hausse des prix alimentaires, conséquence de l’application de la loi Alimentation

Michel Édouard-Leclerc chez Jean-Jacques Bourdin

https://youtu.be/QmMZX10lUvY

Hausse des prix : « C’est une connerie« , s’indigne Michel-Édouard Leclerc sur RTL

Les Alliances locales E. Leclerc

La réussite d’une petite épicerie familiale en Bretagne, une histoire riche d’enseignements  

Questions-réponses avec quatre futurs entrepreneurs

Michel-Édouard Leclerc : « À mon âge, je ne retrouverais pas de boulot« 

Michel-Édouard Leclerc, sa vision du recrutement et ses convictions en matière d’emploi

Les Inconnus – Vampires Impôts (Rap-tout) paroles

(1) 127 000 collaborateurs, 681 centres E. Leclerc, 619 drives, 218 espaces culturels, 261 manèges à bijoux, 255 parapharmacie, 187 agences de voyages, 13 stations d’autoroutes, 114 1H pour soi, 350 agences de location, 36 magasins de Sport, 75 magasins d’optique, 200 magasins  « Le village du bio » ou « Le marché bio » E. Leclerc…

Partenariat 2019 entre la SNSM, 93 centres E. Leclerc de la côte participent à la collecte au profit de la Société nationale de sauvetage en mer pour permettre aux sauveteurs d’être dotés de bateaux plus solides, de téléphones, de bouées, etc :  https://www.michel-edouard-leclerc.com/categorie/societe/solidarite/partenariat-2019-entre-la-snsm-et-e-leclerc

(2) Casino ouvre des magasins sans personnel à tour de bras : https://www.capital.fr/entreprises-marches/casino-ouvre-des-magasins-sans-personnel-a-tour-de-bras-le-conseil-bourse-du-jour-1347248

Après des années de pertes, Auchan Retail se retire d’Italie où il était présent depuis trente ans : https://www.lsa-conso.fr/auchan-renonce-a-l-italie,319667

Depuis l’annonce du plan de transformation Carrefour 2022, le distributeur a multiplié les projets entre autres « financés par des économies sur les coûts d’exploitation » précise Alexandre Bompard en citant par exemple le déplacement du siège social du groupe à Massy et le plan de départ volontaire. Un travail important sur les prix a été mené avec une réduction de l’assortiment. Cette dernière atteint aujourd’hui 8 % pour passer à 15 % d’ici 2022 : https://www.lsa-conso.fr/carrefour-la-methode-bompard-fait-ses-preuves,325416

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